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Savoir mettre fin à un side project

Lucien Tavano, Chief Innovation Officer & créateur de Bootkamps

Dans cet épisode de Podcast j'ai reçu Lucien Tavano, créateur de Bootkamps, une plateforme qui permet aux formateurs de bootcamps de réaliser leurs cours en ligne et d'avoir toutes les fonctionnalités dont ils ont besoin regroupées en un seul endroit.

On a abordé des sujets très différents par rapport aux autres épisodes puisque Lucien a mis fin à son side project. Il nous explique pourquoi son projet n'a pas fonctionné et comment prendre la décision de tout arrêter.

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Cet épisode de podcast est un peu différent car, aujourd'hui, j'ai rencontré Lucien Tavano, qui a créé son side project Bootkamps et qui nous raconte la façon dont son projet n'a pas fonctionné.

Lancer un side project c'est cool, mais s'il marche c'est encore mieux. Et pourtant sur toutes les idées que l'on peut avoir, elles ne sont pas toutes bonnes et n'aboutissent pas toujours.

Il est aussi important de voir la réalité en face et de ne pas écouter que des discours positifs sur le succès des side project. Il y a aussi un envers du décor, à connaître et appréhender au mieux pour se lancer en prenant le moins de risque possible.

Un side project qui n'a pas fonctionné n'est pas un échec en lui-même. Certes, la vision du projet prend un tournant différent que celui que tu as imaginé, mais tu en retiens énormément de choses.

Tu as passé du temps sur ce projet, mais ce n'est pas du temps perdu. Pendant tout ce temps là tu as appris, tu as essayé des choses, fais des tests, tu as rencontré des gens et discuté avec de nouvelles personnes. Tout ça t'as permis de t'enrichir, d'apprendre davantage, et parfois même sur des sujets que tu ne connaissais pas du tout, et tu as développé ton réseau de connaissances.

Sortir de ta zone de confort grâce à un projet est toujours bénéfique, même si ce projet en question n'a pas aboutit.

Dans cet épisode, Lucien nous raconte son parcours et son histoire professionnelle et personnelle qui se mélangent.

Lucien a changé de métier plusieurs fois, il était salarié puis freelance, parfois créateur de start up puis créateur de side project.

Un parcours aussi riche que le sien n'est définitivement pas linéaire et ce n'est pas une mauvaise chose. Il a connu des succès comme des échecs et nous partage tout ce qu'il a pu retenir de ces expériences.

Le parcours professionnel et la création de side project

L'apprentissage de l'échec

Anciennement commercial chez Airbus en Asie, Lucien avait monté, en 2015, une start-up entouré d'une équipe et de développeurs. Son projet entrepreneurial était de créer une interface, sous forme d'application simple à utiliser, de trading sur les marchés financiers. Pour cela, Lucien a fait une petite levée de fond mais le projet n'a pas aboutit.

De cet échec, Lucien en a retenu plusieurs choses. Tout d'abord il explique s'être senti frustré de ne pas pouvoir participer pleinement à son projet, d'être dépendant de son équipe et de ne se reposer que sur leur travail. De plus, il n'a pas prévu le temps que pouvait prendre le développement de son application, ce qui a retardé sa mise sur le marché.

Selon lui, c'est aussi ça qui a causé l'échec de son entreprise : arriver trop tard sur le marché.

Il arrive tout de même à entrevoir les bons côtés de son projet. Il a été très bien entouré et a rassemblé une équipe compétente prête à s'investir tout autant que lui dans ce projet.

Lucien a passé 4 ans à travailler sur ce projet, mais au bout d'un an et demi il savait déjà qu'il avait échoué. Au bout de 2 ans de travail dans cette start-up, lui et son équipe se sont fixés des objectifs à atteindre. Ce sont des KPI (key performance indicators), c'est-à-dire des clés d'indication de performances. Elles permettent de se fixer des objectifs sur court, moyen ou long terme et de vérifier s'ils ont été atteint ou non.

Pour Lucien et son équipe, ces objectifs n'ont pas été atteint et c'est à ce moment là qu'il a su qu'il devait préparer la fermeture de son entreprise.

L'apprentissage de nouvelles compétences

Suite à son échec, Lucien, de retour en france, a décidé qu'il voulait apprendre de nouvelles choses pour ses futurs projets. Le fait de s'être senti dépendant de son équipe pour créer son ancienne application lui a fait comprendre qu'il voulait se lancer dans le no-code.

À la suite de cet apprentissage, il s'est donc lancé dans une toute nouvelle aventure : être freelance développeur web no-code.

Il explique que grâce à ses nouveaux skills, il a appris à développé des projets et des produits beaucoup plus rapidement et que c'est une vraie qualité qu'il recherchait.

Il a donc travaillé pendant 2 ans en tant que freelance et notamment dans une agence américaine basée à San Francisco.

Une fois dans la routine de son travail, Lucien a voulu mettre à profit ses compétences et ses connaissances. C'est à ce moment qu'il a participé à des formations en tant qu'instructeur de bootcamp pour former au no-code.

Un bootcamp, c'est une formation en live (en présentiel ou en distanciel) animé par plusieurs intervenants. Il a donc travaillé avec plusieurs entreprise qui avait lancé leur bootcamp.

L'idée d'un nouveau side project

En réalisant toutes ces formations bootcamp à distance, Lucien s'est rendu compte d'une chose, les formateurs jonglaient entre différentes applications pour mettre en place ces cours en live mais n'avait pas une plateforme dédié à cela.

Ils organisaient ces bootcamps souvent à travers des sites ou landing page, puis devait créer un groupe pour rassembler les participants (comme sur la plateforme Slack par exemple). Ils devaient les inviter au bootcamp de façon manuelle ou utiliser un outil d'e-mailing, et enfin ils devaient réaliser le cours en live sur une plateforme différente (comme Zoom par exemple).

Il s'est dis qu'il y avait un réel problème auquel il pouvait potentiellement apporter une solution. Il a donc vérifié le marché et vérifié qu'il n'y avait pas déjà des produits ou services trop similaires à son idée, qui répondaient déjà à cette problématique.

Les étapes du side project

1. La recherche de sa cible et de son besoin

Avant de lancer quoi que ce soit sur le marché, Lucien a voulu vérifier le besoin de ses potentiels clients et comprendre sous quelle forme il pouvait créer son projet et répondre à leur besoin.

Il a donc réalisé des interviews avec des personnes correspondant à sa cible, c'est-à-dire des créateurs de bootcamp en ligne. Il a eu besoin d'eux pour comprendre la façon dont ils travaillaient, s'organisaient et là où ils avaient besoin d'aide.

Une fois qu'il a trouvé le "pain point" de sa cible, c'est-à-dire son besoin, il a commencé à développé sa plateforme.

2. Le MVP de son side project

Il a donc lancé Bootkamps en début d'année 2021, en parallèle de son activité de freelance.

Bootkamps est une plateforme dédiée aux créateurs de bootcamps qui leur permette de tout organiser sur une seule et même plateforme. De la présentation du bootcamp à la réalisation des lives, tout se passait sur cet outil.

Pour créer son projet, Lucien s'est, cette fois-ci, fixé une timeline. En 3 semaines, il avait donc créé la base de sa plateforme et pouvait lancé son MVP (minimum viable product), la première version de son projet.

Ses fonctionnalités étaient les suivantes : créer des cours en live, inviter les participants, définir les différents rôles des instructeurs, invités et apprenants, réaliser des lives et accéder à un chat pour la communauté du bootcamp.

Avec le recul, un des problèmes qu'il a rencontré a été de perdre du temps sur la traduction de sa plateforme. En effet, il a lancé son projet en français et en anglais. Quelque chose qu'il ne réitérerai pas car ça lui a fait perdre du temps dès le début du lancement alors que ça n'a pas apporté de grande plus value à son produit.

Il n'a aussi pas lancé de landing page pour présenter son produit et le tester auprès de sa cible.

Créer une landing page, c'est créer une page unique visant une cible précise sur laquelle les internautes vont atterir et réaliser une action. Souvent une landing page sert à promouvoir un produit et propose de s'inscrire à un essai gratuit ou utiliser une première version, recevoir une offre, télécharger un document, etc.

Elle permet de vérifier si on vise la bonne cible et si celle-ci est intéressé par le produit,en a réellement besoin et serait prête à payer pour l'utiliser.

Lucien explique que c'est souvent le défaut des développeurs. Puisqu'il sait réaliser son projet en no-code, il commence par le créer pour le faire tester à ses premiers utilisateurs et avoir leurs avis, plutôt que de s'assurer du besoin de sa cible et de la viabilité de son projet.

3. La communication et le budget de son side project

Une fois son side project lancé, Lucien avait besoin d'attirer des clients pour obtenir ses premiers utilisateurs.

Pour ce faire, il a engagé une freelance pour créer du content marketing et écrire des articles de blog, avoir des invités et réaliser des interviews avec des instructeurs de bootcamps. Tout cela faisait parti d'une stratégie pour générer du trafic sur son site. Il souhaitait échanger et partager avec des personnes de sa cible pour leur proposer sa solution.

Cette freelance écrivait donc 2 articles par mois et animait les réseaux sociaux de "Bootkamps" pour un budget total de 400€ par mois.

En tout avec les dépenses pour le site internet et les différents outils utilisés, Lucien avait un budget de 500€ par mois pour son side projet.

L'échec d'un side project

Ce qui n'a pas fonctionné

Après avoir lancé son projet et investit pour communiquer sur celui-ci, Lucien a eu des difficultés à réellement trouver des clients et utilisateurs de sa plateforme.

Il explique que son projet n'a pas suscité beaucoup d'intérêt car même si des formateurs et créateurs de bootcamp pouvaient être intéressés, il manquait souvent des apprenants pour y participer.

Cette cible s'est donc avérée être moins rentable que ce que Lucien avait imaginé, même si leur besoin était toujours présent.

En revanche, le projet de Lucien a eu un intérêt pour d'autres clients inattendus : des écoles privées de langue en e-learning.

En effet, les formateurs de ces différentes écoles lui ont expliqué qu'ils n'avaient pas de plateforme dédié à leur cours, sur laquelle les apprenants pourrait se connecter, visualiser les cours, participer à des lives et échanger avec les formateurs et les autres élèves.

Le problème a été le suivant : cette plateforme n'a pas été conçue pour ce type d'école donc il manquait beaucoup de fonctionnalités, comme par exemple, l'affichage du temps de présence de l'apprenant sur la plateforme (nécessaire lorsqu'il y a un financement de CPF ou pôle emploi sur ce type de formations).

Les nouvelles opportunités de réutiliser son side project

En parallèle de la déception de son side project, Lucien a eu une proposition de travail différente de son activité de freelance dans une agence américaine.

Il est donc retourné à Paris, où il travaille actuellement dans une petite entreprise toujours en tant que développeur no-code.

À ce moment là, il a décidé de mettre complètement en pause son side project et d'arrêter d'investir dans la plateforme et la promotion de son outil, qui ne lui avait pas rapporté de réels clients.

Il a donc refusé les demandes de la part des écoles de langue puisqu'il ne voulait pas continuer de développer son produit.

Cependant, une école a souhaité travailler avec lui et ils sont arrivés à un commun accord sur un business model (un modèle de vente) : la licence perpétuelle. Lucien nous a donc expliqué ce qu'était ce modèle peu connu et peu utilisé.

La licence perpétuelle lui permet de vendre à cette école un copie de sa plateforme. L'école peut donc apporter des modification,  ajouter les fonctionnalités dont elle a besoin et la personnaliser comme elle l'entend. Elle peut même décliner cette plateforme autant de fois qu'elle le veut pour chacune de ses marques, produits ou services. En revanche, l'école n'aura pas le droit de revendre cette copie.

Cet achat de licence comprend le produit livré et mis à jour pour une certaine période de temps. Une fois cette période écoulée, ils auront besoin de faire appel à Lucien ou un autre développeur freelance pour effectuer les mises à jour et l'ajout de fonctionnalités.

Ce business model a permis à Lucien de faire un profit sur son projet, même si ce n'était pas le plan prévu pour son side project.

Il a tout de même conçu une plateforme utile et utilisée par une école en ligne.

La réflexion après l'échec d'un side project

Tout au long de l'épisode de Podcast, Lucien nous donne ses conseils. Des choses auxquelles il a pensé après l'arrêt de son side project, avec le recul, des choses qu'il n'aurait peut être pas fait ou au contraire qu'il aurait dû faire.

Son premier conseil pour quelqu'un qui se lance dans un side project est de définir une timeline pour son projet. Définir des dates précises pour faire avancer son projet. C'est un des meilleurs moyens pour s'organiser et créer son projet en parallèle de son activité professionnelle.

Cela permet de ne pas laisser le projet dans un coin, remettre les choses à plus tard et perdre l'envie ou la motivation.

De plus, il conseil de développer une première version de son projet (MVP) très rapidement après en avoir eu l'idée et après avoir vérifié sa cible et son besoin.

C'est important pour ne pas perdre son marché et arriver à temps pour proposer sa solution en premier à sa cible.

Il conseille aussi de définir des KPIs précises. Elles sont nécessaires pour se fixer des objectifs et prendre du recul sur son projet. Elles peuvent être à court terme sur quelques semaines, ou moyen à long terme sur plusieurs mois.

Elles permettent de garder un oeil objectif sur la situation et l'évolution du projet.

Lors de la création d'un side project, Lucien conseille aussi de créer une landing page. Une chose qu'il n'a pas fait pour son projet.

Pour lui, c'est une étape importante et quasiment indispensable pour vérifier le besoin et la cible.

Il explique que, pour être un peu plus sûr que son projet fonctionne et qu'il soit bien accueilli sur le marché, il est important d'être dans une démarche analytique. Il faut analyser le marché, la cible, le type de produit à lancer et le moment auquel le lancer. Il faut le tester et récupérer des leads grâce à la landing page.

De plus, avoir quelques connaissances et des compétences dans le domaine de son side project est toujours un plus, puisqu'il permet de le développer rapidement. Comme pour lui, par exemple, qui a pu développé sa plateforme rapidement grâce à ses skills en no-code.

Enfin, il précise que le budget est une partie importante à prendre en compte dans son side project. Pour communiquer sur son projet et le mettre en avant sur le marché il a eu la possibilité de travailler avec une personne en freelance mais avoir un budget conséquent n'est pas donné à tout le monde.

Il faut donc bien prévoir ses investissements et être sûr qu'il y aura un réel bénéfice pour son projet.

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